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Les établissements, Actu et vie pratique, Accueil - 13/03/2008
CHARENTE. L'université de Poitiers compte environ 1.200 étudiants à Angoulême entre l'IUT, le centre universitaire et le récent master de documentaire
«L'université va encore changer»
L'actuel président de l'université de Poitiers, Jean-Pierre Gesson, est un Angoumoisin. Agé de 60 ans, ce prof de chimie effectue sa cinquième rentrée à la tête d'une des plus anciennes universités de France. Avec cette année un énorme chantier, celui de se mettre dans les clous de la loi sur les universités promulguée cet été. Ce Charentais de souche et de cœur porte également un regard lucide sur la présence de son université en Charente et les rapports avec les collectivités locales.
L'université de Poitiers, après six siècles d'existence, est-elle en phase avec son temps ?
Jean-Pierre Gesson. Comme les autres universités, la nôtre a profondément évolué et va encore beaucoup changer notamment en raison de la loi qui sera lourde de conséquences. Le passage au système harmonisé LMD (licence-master-doctorat) dans le cadre européen a été quelque chose de lourd qui est maintenant achevé mais les chantiers qui s'annoncent sont aussi très importants. L'année qui commence est même cruciale.
La loi sur l'autonomie des universités sera « lourde de conséquences ». En quoi ?
J.-P. G. Elle va induire des modifications de fonctionnement et de responsabilité des universités importantes. Sur l'organisation structurelle, on va devoir modifier nos statuts puis constituer un conseil d'administration plus restreint. C'est sans doute une bonne chose, parce qu'on ne peut pas travailler de façon très concrète en face de 60 personnes. Avec 30 membres, on travaillera sans doute mieux. On devrait avoir un conseil d'administration complet et opérationnel à la rentrée prochaine. Par ailleurs, l'université pourra recruter directement, on évitera ainsi d'attendre parfois jusqu'à dix-huit mois pour remplacer un prof. On pourra aussi recruter des personnes contractuelles, y compris des enseignants.
Qu'en est-il au niveau des étudiants ?
J.-P. G. Il y a un peu moins de primo-entrants cette année. Cette baisse de bacheliers semble avoir deux causes, la première c'est qu'il y a eu moins de bacheliers, la seconde, plutôt surprenante, c'est que moins de bacheliers ont décidé de poursuivre des études supérieures. D'après les premiers chiffres, ça ne touche pas Angoulême. Globalement, Poitiers oscille entre 24.500 et 25.000 et on devrait connaître cette année une relative stabilité mais à terme, si on regarde la démographie, on sait qu'on ne va pas gagner d'étudiants.
Que faut-il faire pour consolider l'université ?
J.-P. G. Notre avantage, c'est d'avoir une offre très large avec à peu près deux cents diplômes nationaux et une population étudiante assez bien répartie: 60 % d'inscrits en licence et le reste en master doctorat. C'est mieux que la moyenne nationale. Je crois qu'on a intérêt à développer nos masters et nos doctorats. On est aujourd'hui à plus de 1100 doctorants dont 40 % d'étrangers. C'est un très bon chiffre qui prouve notre attractivité. Si en licence, on attire plutôt des gens de l'académie, en master ce n'est plus vrai, ça devient plus large avec un recrutement national. Par ailleurs on doit absolument améliorer la réussite en licence, c'est un chantier majeur qui implique deux choses : accompagner au mieux les étudiants mais aussi savoir leur dire quand ce n'est pas la peine de continuer en master s'ils n'ont pas le niveau.
Quelles filières se portent bien… et celles qui vont moins bien ?
J.-P. G. Il y a une véritable explosion en médecine-pharmacie avec l'augmentation du numerus clausus. En quelques années, on est passé de 2.000 étudiants à 3.300 et la première année de médecine est à plus de 1.000. Pour d'autres cas, ce sont les étudiants qui anticipent les baisses de postes, par exemple pour l'enseignement en sports. Les sciences baissent à nouveau après avoir un peu remonté. C'est assez incompréhensible vu les efforts faits. Globalement les étudiants sont attirés par les filières professionnelles pour trouver derrière un job, ce qui explique le succès des IUT, comme celui d'Angoulême qui a encore gagné 13 % d'étudiants l'année dernière.
Quel regard portez-vous sur vos «satellites» charentais ?
J.-P. G. L'université compte environ 1.200 étudiants à Angoulême entre l'IUT de Sillac, le centre universitaire, le Centre européen des produits de l'enfant (CEPE) et le récent master de documentaire. Il y a également Segonzac avec une formation très spécifique. Pour être clair, le regard qu'on peut avoir, c'est qu'il n'y a pas une grange homogénéité mais plutôt un éclatement thématique. C'est un constat. L'IUT est plutôt dirigé vers secteur industriel, la fac de droit permet à des Charentais de faire des études qu'ils n'auraient peut-être pas fait ailleurs et le CEPE, c'est une petite chose très intéressante pilotée par quelqu'un de très dynamique. Quant à la formation documentaire, le Créadoc, elle est plutôt bien située à Angoulême autour du pôle image.
La création d'un cycle complet de licence en droit a été rendue possible parce que le Département met la main à la poche, pouvez vous le confirmer et dans quelles conditions ?
J.-P. G. Le problème est plus général. Au total, le département doit payer 1,2 million d'euros. Les collectivités s'interrogent, je le comprends. Elles ont mis des billes au départ et souhaiteraient se désengager. Ce sera difficile parce que même si l'université a un intérêt à être présente, elle ne l'aurait pas fait si il n'y a avait pas eu l'aménagement du territoire. Alors aux collectivités je dis: "regardez l'investissement que vous faites et comparez-le aux retombées économiques des étudiants sur vos villes: y'a pas photo". On a fait le calcul, les retombées de l'université c'est 300 millions d'euros sur le Poitou-Charentes et de 4.000 à 4.500 emplois induits. Sur une ville comme Angoulême, l'impact c'est environ 14 millions d'euros, beaucoup plus que ce qui est versé.
Le Département de la Charente souhaite «structurer» un campus autour des formations de l'image, quelle est la place de l'université de Poitiers dans cet ambitieux projet ?
J.-P. G. On a une petite part à l'école nationale du jeu vidéo, mais on n'est pas très implanté et je ne peux pas imaginer pour l'instant qu'il y ait de gros développements dans ce secteur. Un élément très intéressant à Angoulême, c'est la présence de la recherche qui est réussie à l'IUT avec deux équipes et au CEPE qui vient d'obtenir un très gros projet de l'agence nationale de la recherche. L'enjeu n'est pas anodin, il faut pouvoir stabiliser sur un site des enseignants chercheurs dont la carrière dépend pour une grosse part de la recherche, ça aura des conséquences positives.
L'université de La Rochelle a dépassé les 6.500 étudiants, estimez-vous qu'elle est concurrente ou complémentaire de Poitiers ?
J.-P. G. Les relations sont apaisées, on a des projets de recherche communs. La Rochelle s'oriente vers le littoral avec des thématiques assez fortes dans ce domaine. Il ne faut pas qu'on soit redondant sur des filières. On doit se différencier surtout en master.